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Céramique et argile


Gagner sa vie comme sculpteur resta l’ambition de Georg Jensen durant la seconde moitié des années 1890, même s’il ne vendait que peu de sculptures et devait donc vivre entre autres de travaux d’orfèvrerie. Son premier succès commercial fut une petite sculpture du célèbre acteur humoristique Olaf Poulsen (dans le rôle de Falsmaal, dans La Boîte d’or). Elle fut produite par Bing & Grøndahl autour de Noël 1899. Bien qu’Olaf Poulsen n’ait pas posé comme modèle, Georg Jensen réussit à rendre son visage et son langage corporel si vivants que la statuette devint un grand succès commercial. Georg Jensen modela plusieurs objets pour Bing & Grøndahl cette même année. Parmi ceux-ci, seul le vase La Tempête fut mis en production, mais seulement en 1990, par Royal Copenhagen.

Sa collaboration avec les Poteries Ipsen (Ipsens Terracottafabrik) donna bien plus de résultats concrets. À la fin de 1898, il conclut un accord pour la production d’une sculpture de 1894, L’Homme primitif, sans doute une version plus petite de son Archer primitif exposé à Charlottenborg en 1893. Jusqu’en 1903, il modela encore vingt-deux objets qui furent commercialisés par Ipsen. L’Homme primitif en était le seul motif classique. Ses autres travaux partaient de représentations du surnaturel – sorcières, sirènes, nymphes – ou de la nature. Dans son Groupe de souris pour cendres de cigare de 1899 il se servit de sa connaissance des animaux, acquise à Raadvad, pour faire de ce cendrier un objet vivant et charmant, apprécié de tous.

En 1898 il démarra également une collaboration de cinq ans avec Joachim Petersen autour de la céramique. Ils louèrent une cave et un four sur Lyngbyvej à Copenhague et exposèrent pour la première fois leur production céramique à Charlottenborg au printemps 1899. Ils travaillèrent notamment le façonnage, sans doute surtout réalisé en pratique par Georg Jensen, puisque Joachim Petersen était manchot. Ils se rendirent célèbres aussi par leurs glaçures très particulières, jaune-vert mais aussi rouge vif. À l’exposition de 1899, le musée des Arts décoratifs danois (Det danske Kunstindustrimuseum) acheta La Jeune fille sur la cruche, un mélange étrange entre art utilitaire et sculpture classique. La cruche fut choisie pour l’Exposition universelle de Paris en 1900, et l’intérêt suscité par Georg Jensen et Joachim Petersen fut si grand qu’ils firent envoyer des caisses entières de céramiques à Paris. À l’exposition de Noël des Industries associées (Industriforeningen) en 1899, leur production céramique attira beaucoup d’attention et la Revue des Arts décoratifs (Tidskrift for Kunstindustri) écrivit entre autres :

« Ce qui semble particulier à ces deux artistes est un certain amour pour le primitif. Certaines de leurs cruches évoquent par exemple celles qui ont été retrouvées à Troie. D’autres pièces sont par contre tout à fait modernes, du point de vue de la forme comme de la décoration. Un pot, décoré d’une silhouette de jeune fille rêveuse sous un châtaignier, est empreint d’un grand lyrisme et d’une pure poésie de nuits claires. On trouve également des thèmes sur la vie des animaux et des hommes, amusants et ingénus. […] Enfin, un certain nombre de pots, de vases et de cruches sont extrêmement séduisants par leurs belles couleurs et magnifiques glaçures. »  Il s’agissait d’art industriel et les pièces les plus populaires, dont La Jeune fille sur la cruche, furent produites en plusieurs exemplaires. En 1900, Georg Jensen reçut la grande bourse de voyage de l’Académie des beaux-arts qui lui permit de voyager en Italie et en France pendant environ un an. Il séjourna quelque temps à Paris autour du nouvel an avec son ami de jeunesse le sculpteur Andreas Hansen, et Ejnar Nielsen y peignit à ce moment-là le célèbre portrait qui allait être utilisé pour le timbre édité lors du centenaire de la naissance de Georg Jensen en 1966.

En revenant au Danemark, il reprit son travail avec Joachim Petersen et ils participèrent en 1901 à l’exposition du musée des Arts décoratifs, où ils présentèrent trente-six pièces de céramique. L’accueil fut mitigé : certes ils étaient innovants mais, selon la Revue de l’Industrie (Tidskrift for Industri), leurs glaçures étonnantes produisaient à distance une impression d’avoir affaire à un « amas de pots de couleurs oubliés ». De plus, la terre était souvent si fine que les objets étaient trop fragiles pour un usage pratique. C’est la raison pour laquelle il n’en reste plus beaucoup aujourd’hui. Les motifs grotesques et surnaturels de la fin des années 1890 étaient remplacés par des motifs tirés de la nature : feuilles de choux, cosses de petits pois, fleurs, têtes et corps d’animaux décoraient d’une manière très neuve et frappante autant la céramique que les quelques poteries des Poteries Ipsen modelées par Georg Jensen en 1901. La façon singulière et vivante dont il utilisait ces motifs reflétait exactement le même état d’esprit que celui de ses tout premiers travaux d’orfèvrerie.

La collaboration avec Joachim Petersen dura jusqu’en 1903, où ils se séparèrent pour suivre chacun sa voie. Georg Jensen se concentra sur l’orfèvrerie et Joachim Petersen continua la céramique pendant quelques années, avant de devenir en 1906 directeur de la fabrique de faïence Aluminia et de changer son nom en Christian Joachim. Georg Jensen quitta sa maison de Søvej à Birkerød en 1903, mais auparavant il avait réalisé les bacs à fleurs sous les fenêtres côté rue – et ils s’y trouvent encore. L’atelier, situé dans le jardin donnant sur le lac de Birkerød, contenait entre autres le four où était cuite la céramique – ce bâtiment a été démoli en 1966.