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Il était une fois un sculpteur
Georg Jensen a grandi à Raadvad, petite ville située à une quinzaine de kilomètres au nord de Copenhague. Ces années au proche contact de la nature furent une source d’inspiration tout au long de sa vie. Dans ses œuvres en céramique, tout comme dans ses travaux d’orfèvrerie, son interprétation des thèmes de la nature ou du surnaturel est tout à fait unique.
Georg Jensen débuta comme apprenti dans la coutellerie de Raadvad mais, lorsque sa famille déménagea à Copenhague en 1880, il entra en apprentissage chez l’orfèvre A.R. Andersen au 5, Sankt Pederstræde, où il demeura de 1881 à 1886. Son rêve d’adolescent étant de devenir sculpteur, pendant ses années d’apprentissage puis lorsqu’il travailla comme ouvrier-orfèvre à Sværtegade chez l’orfèvre Holm, il ne cessa de s’y préparer, entre autres en se perfectionnant en dessin. Durant l’hiver 1886-1887, il réalisa son premier travail de sculpture, un buste de son père. Celui-ci fut terminé en avril 1887 et lui permit d’être admis à l’école de sculpture de l’Académie des beaux-arts cette même année. Ce buste y fut exposé en 1889. Durant ses années d’études à l’Académie, de 1887 à 1892, plusieurs bourses lui furent attribuées, lui permettant de quitter son travail d’orfèvre. Cependant, au cours des années 1890, il dut le reprendre de temps à autre lorsqu’il avait besoin de revenus complémentaires. Même si les diverses bourses étaient une reconnaissance de son talent de sculpteur, il ne réussissait à vendre que très peu de ses œuvres.
Avant même d’avoir terminé l’école de sculpture de l’Académie, en janvier 1892, il participa plusieurs fois à la très importante exposition d’automne de l’Académie des beaux-arts à Charlottenborg. Il jouissait également de la reconnaissance de plusieurs pontes de l’Académie, tels Stein et Bissen, et eut droit à des articles élogieux dans les journaux. En 1893, il reçut la médaille d’or de l’Académie pour son Archer primitif, récompense accompagnée d’une bourse de voyage qui lui permit d’accomplir un séjour d’études en Italie et en France
en 1894. De ce voyage il ramena une statuette de déesse, dont l’inscription sur le socle porte « Copie. Naples ». Durant les années qui suivirent, il fit plusieurs voyages d’études, notamment en Allemagne, et enfin en 1900, il reçut la grande bourse de voyage de l’Académie, qui lui permit d’entreprendre un voyage de plus d’un an.
Georg Jensen s’était installé un atelier à domicile et avait constamment un nouveau projet en route. C’était un bon artisan, il maîtrisait la sculpture classique, du point de vue de l’inspiration comme de la technique de travail (ce qui peut se voir dans son Homme primitif de 1894), mais la plupart de ses motifs étaient puisés dans
le quotidien. Il prenait de préférence comme modèles des personnes qui lui étaient chères, comme ses fils Vidar et Jørgen. Ses sculptures en plâtre montrent son habileté à saisir les formes et le langage corporel, tout en tirant leur beauté d’une simplicité dénuée de détails superflus. Cette capacité à saisir l’âme du motif se retrouvera plus tard dans ses travaux d’orfèvrerie et constitue l’essence de ce style unique de Georg Jensen qui le distingue de tous les autres.
Bien souvent, il réalisait ses sculptures pendant ses heures de loisir, puisque par périodes il lui fallait prendre un travail rémunéré pour pouvoir nourrir sa famille. Il fut ainsi ciseleur chez le fondeur-mouleur sur bronze A.L. Rasmussen, modeleur chez Bing & Grøndahl, ouvrier-orfèvre en or ou argent, ou prenait en charge un travail de restauration ou de fonte.
Georg Jensen n’exécuta plus d’œuvre sculpturale importante après son grand voyage de 1900-1901, mais il conserva son intérêt pour la sculpture. En 1915, il fit réaliser un modèle en bronze de son œuvre de 1892, Un Moissonneur, et le fit installer dans son jardin de Gardes Allé à Hellerup. Il exécuta les ciselures d’un buste en bronze réalisé par Ingeborg Plochross Irminger, un portrait de Peder Hostrup-Pedersen, fils de l’ingénieur P.A. Pedersen et qui allait devenir en 1920 l’actionnaire principal et directeur de la Maison d’orfèvrerie-joaillerie Georg Jensen. Au fil des ans, il a offert un certain nombre de ses sculptures, mais quelques-unes d’entre elles restèrent dans son salon jusqu’à sa mort comme des emblèmes de la diversité de son art.
À la fin des années 1890, Pietro Krohn, alors directeur artistique chez Bing & Grøndahl, introduisit Georg Jensen à la production industrielle d’art. Il découvrit alors qu’un design de grande qualité artistique pouvait être produit en masse et offrir à l’artiste une base économique. Cette qualité artistique était le fondement de sa philosophie dans le travail de la terre, et après avoir décidé en 1903 de se concentrer sur l’orfèvrerie, il ne trahit jamais cette conception, même si les pièces étaient produites industriellement.
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